Des entreprises qui s’allient pour le bien commun ? C’est la coopétition !

Généralement réservée au secteur industriel, la coopération entre sociétés concurrentes peut aussi s’appliquer aux enjeux de développement durable. Oui mais comment ? Et pour répondre à quels besoins ? On fait le point sur la « coopétition ».
  • Collaborer pour créer un avenir durable

Mot valise né de la fusion des mots « coopération » et « compétition », la « coopétition » désigne le fait de coopérer avec un ou plusieurs de ses concurrents. Dans ce type de démarche, les « coopétiteurs » peuvent partager certaines ressources comme la R&D, les approvisionnements ou la distribution..

Les exemples sont très nombreux dans le secteur industriel. Il suffit de citer Airbus, Eurocopter ou Ariane pour s’en convaincre. C’est d’ailleurs l’alliance entre des entreprises concurrentes qui a permis à ces programmes de voir le jour et de rencontrer le succès international qu’on leur connait. 

Mais la coopétition est aussi une stratégie assez courante dans le secteur aéronautique ou automobile. C’est par exemple l’alliance entre Renault-Nissan et Daimler qui a débouché, il y a 10 ans, sur la création des plateformes technologiques communes Twingo-Smart et Kangoo-Citan. Une autre collaboration, dans le domaine des véhicules utilitaires légers, a permis de partager un moteur diesel et une transmission fournie par Renault-Nissan avec Daimler pour son utilitaire Mercedes-Benz Vito.

S’engager, ensemble, pour plus d’efficience environnementale

Au-delà des chaînes de production du secteur automobile ou des grands programmes aéronautiques, la coopétition est une approche qui intéresse des industriels qui s’en servent pour concevoir des méthodes, des outils et parfois même des campagnes de communication, le plus souvent au service d’un engagement environnemental.

Saint-Gobain participe notamment au programme Tipcheck mis en place avec certains de ses concurrents au sein de la Fondation européenne pour l'isolation industrielle (EIIF). Cette démarche a pour but de fournir aux industriels des solutions leur permettant de réaliser des économies d'énergie et de réduire les émissions CO en améliorant leurs systèmes d'isolation technique. A ce jour, deux outils principaux ont été conçus. Le premier est un audit énergétique standardisé. Le deuxième est un logiciel de calcul des pertes de chaleur à partir des températures de surface mesurées.

Dans le même esprit, la campagne de communication « Renovate Europe » lancée par l’EuroACE, l’European Alliance of Companies for Energy Efficiency in Buildings (Alliance européenne d’entreprises pour l’efficacité énergétique des bâtiments) est financée par de nombreuses sociétés frontalement ou partiellement concurrentes, dont Saint-Gobain fait partie. Mais pour quoi faire ? Pour réduire la demande énergétique du parc immobilier de l'Union européenne de 80 % d'ici 2050, grâce à des programmes de rénovation étatiques. 

Donner vie à des solutions vertueuses

La coopétition n’a pas seulement pour objectif d’augmenter l’efficience ou la rentabilité de ceux qui s’associent. Il s’agit d’une mécanique qui peut aussi améliorer la prise en compte des enjeux de développement durable. C’est particulièrement vrai dans le secteur public des transports. 

Ainsi la compagnie aérienne Lufthansa s’est entendue, dès 1993, avec les chemins de fers allemands (Deutsche Bahn) pour se partager la couverture de liaisons domestiques peu rentables. Alors que la Lufthansa réduisait la fréquence de ses vols sur ces trajets, la Deutsche Bahn lui permettait de commercialiser des billets de train sur ses lignes. En juillet 2020, aux 14 villes allemandes déjà concernées par cet accord de coopération sont venues s’ajouter Hanovre, Leipzig et Bâle, en Suisse. L’ensemble de ces lignes ferroviaires permet de créer des correspondances optimales avec les vols de la Lufthansa tout en réduisant l’impact environnemental de la compagnie aérienne.

Créer un cercle vertueux (et préserver son business)

Le secteur de l’agroalimentaire n’est pas en reste en matière de coopétition et de développement durable. Ainsi, dans un article de recherche intitulé « La coopétition au service du bien commun - Les stratégies des entreprises de collecte et de stockage de céréales face aux OGM », le chercheur Mourad Hannachi expose comment certaines entreprises de collecte et de stockage françaises, pourtant concurrentes, ont réussi à se coordonner pour gérer la présence ou l’absence de productions génétiquement modifiées au niveau des aires de production En effet, une parcelle produisant des cultures OGM peut contaminer une parcelle dite « conventionnelle ». 

L’article cite notamment les ECS d’Alsace qui ont choisi de refuser collectivement de produire du maïs OGM. Si tel n’avait pas été le cas, chacune d’entre elle aurait été confrontée à un risque de mélange et donc de perte de marché. 

Dans un autre registre, Danone et Nestlé Waters se sont associés en 2017 à l’américain Origin Materials pour concevoir des bouteilles en plastique issu de matériaux 100 % biosourcés (à base de fibres cellulosiques). Les deux géants ont été rejoints un an plus tard par PepsiCo. Les trois groupes ont par la suite construit en Ontario (Canada) une usine de démonstration, un prototype, capable de produire 18 000 tonnes de ce plastique biosourcé.

Face aux immenses défis posés par l’urgence environnementale, de plus en plus d’entreprises parfois concurrentes se mettent à coopérer. Mise en commun de savoir-faire, investissements conjoints, lancement de campagnes de communication, partage de procédés industriels... Les formes de coopétition sont variées mais, entre gain d’efficience et réduction des coûts, c’est surtout par la mise en œuvre de solutions innovantes et vertueuses pour l’environnement, que cette approche trouve tout son sens.



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