VOYAGE AU CŒUR DE LA MOBILITÉ INTELLIGENTE

Intelligente, la mobilité ? Oui, quand elle entrelace modes de transport, infrastructures et solutions digitales. L’objectif : rendre les déplacements plus sûrs, plus propres et plus efficaces. Une approche qui gagne de nombreuses villes à travers le monde, pour une vie urbaine enfin plus… humaine ?
  • Villes intelligentes : le futur est maintenant

San Francisco, Dubaï, Helsinki, Barcelone... Ces villes sont exemplaires en matière de mobilité intelligente (smart mobility). Grâce à l’utilisation astucieuse de la donnée, elles parviennent à optimiser les déplacements, la gestion des déchets et leur consommation énergétique.

Le saviez-vous, nos villes deviennent de plus en plus intelligentes. Ces « smart cities » ont compris qu’elles pouvaient mettre à profit les nouvelles technologies pour améliorer la qualité des services rendus à leurs citoyens, réduire leur empreinte carbone et, plus prosaïquement, leurs coûts. Réseaux d’énergie, gestion des déchets, occupation des écoles… jusqu’aux mobilités : tout est tracké, mesuré, analysé.

La mobilité, justement. Le casse-tête des grandes villes, partout dans le monde, sclérosées par des embouteillages qui ralentissent leur quotidien et polluent encore les poumons de ceux qui y vivent. San Francisco, aux Etats-Unis, ne fait pas exception. Sauf que cela fait plusieurs années déjà que la belle californienne s’est attaquée au problème, via son Office des transports municipaux. Objectif de ces multiples projets : fluidifier le trafic urbain, notamment via mesures qui ont fait basculer la mégapole californienne dans le clan des « smart cities ».

La municipalité a ainsi mis en place un dispositif qui permet aux citoyens de s’informer en temps réel de la disponibilité des places de parking. Une tarification dynamique incite les conducteurs à les utiliser prioritairement. Un système de feux de signalisation intelligents tente, lui aussi, de fluidifier le trafic.

Les données au cœur de la « smart city »

Depuis 2009, la ville a lancé une démarche de transparence dans les données municipales, c’est ce qu’on appelle l’open data. Ces données en libre accès permettent à n’importe quelle entreprise de les analyser puis, le cas échéant, de créer une application permettant par exemple d’optimiser les temps de transport d’un point à un autre de la ville.

A Barcelone, les données, elles aussi en libre accès, ont permis à de très nombreuses applications de voir le jour. C’est le cas par exemple de l’application App&Town qui calcule les meilleurs itinéraires possibles entre deux endroits ou de Bicing, qui permet de s’informer sur les vélos disponibles en libre-service.

Grâce aux données, la ville de Barcelone a également créé un système intelligent de gestion des ordures qui détecte quand les bennes, dotées de capteurs, sont pleines. Le résultat est sans appel : une nette diminution des trajets réalisés par les camions poubelle. La capitale catalane a par ailleurs créé un système souterrain de transport des déchets. 40 km de tubes permettent d’acheminer les déchets jusqu’aux centres de collecte… Plus de tubes, moins de camions !

Être smart, pour une ville, aujourd’hui, c’est un investissement qui redonne de l’espace aux humains qui la peuplent, qui l’utilisent. Ainsi, selon une étude publiée par Juniper Networks, ces projets urbains de mobilité intelligente ont la capacité de rendre près de 60 heures de disponibilité aux citoyens. L’open data arrivant en tête des leviers qui permettent d’atteindre cet objectif, avec 31 heures, suivi par les systèmes intelligents de gestion du trafic (19,4 heures) et les systèmes permettant de coordonner les modes de transports entre eux (7,8 heures).

De l’hyperloop aux taxis volants

Smart et futuriste, la ville de Dubaï a, quant à elle, lancé dès 2013 le projet "Dubaï Smart City". L’ambition ? Devenir tout simplement un exemple en matière de ville intelligente et d'innovation dans les transports. Dans certains quartiers de la ville, elle a lancé un service de bus à la demande ,pour en bénéficier, les passagers n’ont qu’à télécharger une application dédiée, réserver le bus et payer en ligne, comme on pourrait le faire avec un service de taxi ou de VTC.

Dubaï mise aussi sur les transports autonomes. Début 2020, l’Autorité des Routes et des Transports (RTA) a signé un contrat avec la société britannique BeemCar pour développer un réseau de capsules « Sky pods ». Suspendues à des rails à plus de 7 mètres de hauteur, elles peuvent accueillir jusqu’à 4 passagers et filent à la vitesse de 50 km/h, reliant différentes zones de la ville.

D’autres projets futuristes sont dans les cartons comme la construction d’une ligne Hyperloop reliant Dubaï à Abou Dabi, capitale des Émirats arabes unis, en seulement douze minutes. Hyperloop est un projet de train à très haute vitesse, capable d’atteindre les 1 200 km/h grâce à une propulsion sur coussins d’air dans des tubes sous vide.

Taxis autonomes et cabines flottantes

La ville de Dubaï a par ailleurs testé, en 2017, les drones taxis de la société Volocopter. 100 % autonomes, ces engins, qui ressemblent à des hélicoptères miniatures, peuvent transporter deux personnes, pour des vols d’une trentaine de minutes à la vitesse de 50 km/h. Fin 2019, un autre test a été réalisé par Volocopter, avec succès, en Allemagne, ouvrant la voie à de nouvelles formes de mobilité en Europe. Selon le cabinet McKinsey & Company, les taxis et navettes autonomes représenteront jusqu’à 35 % du trafic urbain dans le monde d’ici à 2030.

Mais les projets les plus fous sont encore à venir. Comme ces cabines flottantes, appelées Hover Car, tout droit sorties de l’imaginaire des chercheurs de l'université de Chengdu, en Chine, en collaboration avec Volkswagen. Ces véhicules à sustentation magnétique pourraient, dans un avenir proche, se déplacer à quelques centimètres du sol dans les rues de nos villes.

A moins qu’ils ne se fassent voler la vedette par le projet de transport ultrarapide développé par la société Arrivo. Dès 2021, cette dernière pourrait lancer, dans le Colorado, des véhicules roulant à plus de 300 km/h grâce, là aussi, à la technologie de lévitation magnétique.

Smart city et urbanisme

On pourrait multiplier à l’infini les exemples de villes ayant basculé dans le côté clair de la force en matière de mobilité urbaine. Mais pour le chercheur Carlos Moreno, auteur du livre Droit de cité, de la ville-monde à la ville du quart d’heure, (éditions de l’Observatoire), la smart city idéale c’est surtout celle dans laquelle on trouve tout ce dont on a besoin à moins de 15 minutes. « Aujourd’hui, nous ne devons plus réfléchir aux solutions technologiques qu’il faut utiliser pour la mobilité urbaine. Nous devons au contraire comprendre pourquoi nous nous déplaçons », déclare le chercheur, directeur scientifique et co-fondateur de la Chaire eTI (Entreprenariat Territoire Innovation) au sein de l’Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne / IAE Sorbonne Business School. « Si je rapproche un certain nombre de services du lieu d’habitation des citoyens, si je réalise un rééquilibrage entre les quartiers d’affaires, les quartiers résidentiels et les zones commerciales, je parviens alors à désaturer l’espace public et les transports. Le principal enjeu est d’opérer une transformation de l’espace urbain, encore fortement monofonctionnel, vers une ville polycentrique, afin d’offrir cette qualité de vie dans les courtes distances. L’objectif est de rassembler les six fonctions sociales urbaines essentielles : habiter, travailler, s’approvisionner, se soigner, apprendre, s’épanouir », ajoute Carlos Moreno.

Bien entendu, à l’heure actuelle, disposer de tous les services dont nous avons besoin à moins de 15 minutes de chez soi, c’est loin d’être réalité pour tout le monde. Se déplacer reste et restera encore à la fois un besoin et une forte aspiration humaine. Mais au cœur de la ville intelligente, la smart mobilité s’affichera de plus en plus confortable, sûre et surtout… durable.



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